27 Décembre 2021

Parlons des méchants : 1. Doit-on les comprendre ?

Une question souvent vite répondue par : « Évidemment, un bon méchants est un méchant dont on peut comprendre les motivations. » Eh bien je vais essayer d’aller un peu plus loin que cette vision simpliste et tronquée de ce que sont les méchants, les vilains, les ennemis.

Oh oui, je suis méchant !

Je ne parle pas d’antagoniste, et pour une bonne raison : méchant et antagoniste ne sont pas synonymes. Un antagoniste est un personnage qui s’oppose au protagoniste, là où un méchant est un personnage dont la morale est présentée comme mauvaise (et qui s’oppose généralement au protagoniste). Une belle illustration de cette différence se trouve dans les romances, où le personnage objet du désir du protagoniste et qui ne partage pas ses sentiments est un antagoniste. En est-il pour autant un méchant ?

Mais alors « méchant » est une appellation assez large, non ? Oui. Derrière méchant on retrouve le petit marchand véreux dans un petit village, tout autant que le seigneur du mal à la tête d’un empire galactique. D’ailleurs en fonction de l’ampleur de l’histoire, le petit marchand peut autant être le second couteau figuratif, que LE méchant. Et c’est de ceux là que je parlerai ici, de ceux qui prennent en charge une grosse part de l’opposition au protagoniste.

Qu’est-ce qui fait un bon méchant alors ? La tendance actuelle valorise la compréhension de ses motivations. Bien sûr, il doit rester un méchant, il fait des actions clairement mauvaises (si non on n’est plus vraiment dans le méchant, mais plus dans le rival ou autre rôle similaire), mais on doit comprendre pourquoi il fait ces mauvais choix.

Et cette tendance ne sort pas de nulle part, les méchants que l’on peut comprendre sont plus proche de nous, ça permet de rendre ses actions radicales presque louables, car en un sens on est d’accord avec le but qu’il poursuit. Ça nous permet de nous poser des questions sur notre propre morale. Est-ce un objectif que l’on partage ? Jusqu’où serait-on prêt à aller ? Est-ce qu’on arrêterait le méchant comme le protagoniste essaye de le faire ?

Alors ! Des obstacles oui, mais ils ont eu la main lourde là, non ?

Mais en même temps elle ignore un autre rôle du type de méchant dont on parle, c’est celui d’antagoniste. Car le méchant en tant qu’opposant principal est, de fait, un antagoniste. Le rôle d’un antagoniste c’est d’offrir un obstacle à la mesure du protagoniste, et parfois comprendre le méchant est vraiment superflu, voire contre productif. Comprendre le méchant peut réduire l’obstacle qu’il représente par rapport au protagoniste, et donc sa qualité narrative diminue. À noter que quand on ne comprends pas le méchant, celui-ci est très difficilement appréciable car on ne s’approche pas de lui, on le vois faire du mal de loin, alors on ne le trouvera pas facilement attachant. Au contraire des méchants que l’on comprends qui sont souvent très appréciés.

Alors quoi ? Faut-il ou ne faut-il pas comprendre les méchants des histoires pour qu’ils soient de bons méchants ? Eh bien, comme tout en narration, ça dépends de comment c’est fait. Il y a de très bons méchants dont on ne nous aide pas à comprendre les motivation, tout comme de très mauvais que l’on connait sur le bout des doigts ; et vice-versa.

Et normalement c’est à ce moment que vous me réclamez des exemples, n’ayant pas peur de brandir fourche et torches en guise de menaces ! Vous en aurez, ne vous en faites pas, mais ce sera dans de prochains articles, où je rentrerai dans le détail des différents cas. Donc soyez patient, on va les disséquer ces méchants !

Disséquer les méchants… J'ai hate !