7 Septembre 2021
  • 2014
  • Fantasy
  • 22804 signes espaces comprises (4074 mots)
  • 16 min
  • Ce texte est basé sur l’univers de la série de jeu vidéo The Elders' scrolls, c’est pour ainsi dire une fan fiction. Il a été l’un des derniers que j’ai écrit avant d’assister à ma toute première masterclass d’écriture. C’est aussi l’un des seuls de cette époque que j’ai repris. Il comporte encore pas mal de problèmes, mais il est toujours bon d’avoir du mauvais sous la main. Déjà ça permet de constater ses progrès (et ça c’est très important pour la santé du cigare), et en plus c’est une super source d’exemples concret, et qui ne blesseront personne, pour parler technique d’écriture (dans les futurs articles par exemple).
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Reminiscences de grenat et D'argent

Parmi tous mes souvenirs d’enfance, il est une histoire dont je me rappellerai toujours. Je ne devais pas avoir plus de huit ans et voilà quelques années que, avec mon ami Fernar, nous faisions partie de l’Ombre sous la tutelle de Melnar. Contre toutes les règles de l’organisation, nous étions formés ensemble et par le même mentor.

Au cours de notre apprentissage, nous avions déjà rempli de nombreuses missions, simples pour la plupart. Quand la tâche se révélait trop complexe, nous œuvrions à deux. Melnar voulait que l’on puisse se faire confiance, que l’on ne se retrouve jamais seuls au sein l’Ombre et que l’on se protège mutuellement. Selon lui, certains membres commençaient à s’éloigner de la foi en Cortavar pour servir leurs intérêts personnels ; parmi eux, certaines personnes haut placées dans la hiérarchie de l’organisation. La clairvoyance de Melnar a toujours été légendaire, déjà à cette époque les quatre autres membres du conseil des cinq avaient toujours un temps de retard par rapport à lui. On a toujours pas découvert son secret.

Cette fois-ci, nous avions voyagé durant des semaines et arrivions enfin à la Cité Impériale. D’après Melnar, Cortavar avait une mission spéciale pour nous trois, suffisamment spéciale pour que notre mentor prévoie de fausses identités plusieurs semaines à l’avance.

Nous incarnions une famille nordique cherchant à parler à l’empereur lors les séances de doléances. Comme à chaque fois, nous changions nos apparences. Melnar, étant le plus grand illusionniste que je connaisse, il n’eut aucun mal à se métamorphoser en un grand nordique massif aux cheveux aussi noirs que ses yeux. Fernar, déjà puissant en altération malgré son jeune âge, fut capable de modifier ses traits sans difficultés afin d’avoir un air de famille avec notre mentor. Quant à moi, je dus comme d’habitude me déguiser. Notre maître déplorait souvent mon inaptitude à la magie : « C’est bien dommage que tu ne maîtrises ni l’illusion ni l’altération, ça aurait été plus simple. Au moins tu es doué pour te déguiser. »

Notre mère, selon la supercherie de notre maître, avait été tuée par le Thalmor à cause de sa pratique du culte de Thalos. Nous avons donc entrepris un voyage en Cyrodil suite à cet incident, pour exposer cette injustice à l’empereur. Krank Main d’acier, notre père joué par Melnar, était un forgeron honnête et nous, ses fils Ysgar et Hyril — respectivement Fernar et moi — le suivions dans tous ses déplacements. Notre mère, Aëlna, était une altmer douce et aimante ; ce qui causa sa perte. Une altmer vénérant Thalos, de surcroît mariée à un nordique… le Thalmor ne mit pas longtemps avant de la soumettre à leur inquisition.

Nous chérissions diverses babioles en souvenirs de notre mère, et des dizaines d’anecdotes à raconter. Nous nous plongeâmes corps et âmes dans cette mascarade tout le long de notre voyage depuis Morthal, et aujourd’hui débutait notre représentation finale.

*

La Cité Impériale, une ville magnifique, incroyablement propre dès ses écuries. L’odeur des chevaux qui aurait dû attaquer les nasaux brillait par son absence, à l’instar de la saleté que l’on aurait dû voir sur la rue pavée menant aux portes de l’enceinte. À côté des box à chevaux se trouvait une auberge : Au cheval rieur. Je me souviens avoir tiqué devant ce nom qui rappelait sans subtilité celui de l’écurie : Les chevaux rigolos.

— Oh là, héla Melnar avec un fort accent du nord. Combien pour que tu gardes nos chevaux ?
— Bien le bonjour mon seigneur, rétorqua un homme solidement bâti. Nous faisons payer dix pièces d’or par jour, cinq la demi-journée.
— Je prends ! Tu as une bonne auberge à conseiller ? Une où on peut se reposer agréablement après trois semaines de voyage ?
— Si vous voulez du confort et que vous avez de l’argent, l’auberge Tiber Septim est faite pour vous. En revanche si vous n’avez pas des goûts de princes, il y a l’auberge de mes fils, juste à côté. Pour un prix raisonnable vous pourrez avoir une chambre confortable pour trois et un repas chaud. Si vous comptez rester plusieurs jours nous avons des offres comprenant le gardiennage de vos chevaux.
— L’auberge de tes fils à l’air parfaite pour nous. Je te remercie… Quel est ton nom déjà ?
— Oh ! Mille excuses, je ne me suis pas présenté, je m’appelle Lamen Cirac.
— Pas de problème Lamen ! On te laisse les chevaux.

Bien que moins costaud, Ren, le tenancier, ressemblait trait pour trait à son père. Tous deux arboraient une toison courte et brune encadrant un visage jovial et avenant ; dès le premier regard ils m’avaient paru sympathiques. Après quelques échanges, nous nous installâmes dans une chambre plutôt confortable et spacieuses. Elle disposait d’un seul lit à une place que Melnar occuperait alors que Fernar et moi dormirions à même le sol : la disposition habituelle pour les familles en voyage. Une fois nos affaires rangées, quelques sécurités magiques placées, et une cache aménagée dans le matelas, nous descendîmes dans la salle commune pour profiter d’un excellent repas préparé par Fenal, l’aîné de la famille Cirac.

La femme de Ren prenait les commandes et encaissait les clients alors que son mari s’occupait du service avec l’aide de sa fille. Celle-ci était très réservée et n’adressait que peu la parole aux personnes attablées. Contrairement à son père qui aimait prendre le temps de discuter avec ceux qu’il servait ; autant avec les habitués qu’avec les voyageurs.

— Alors comme ça, vous venez de Bordeciel ? Un rude pays… Je n’ai jamais eu l’occasion de m’y rendre, mais j’ai déjà hébergé bon nombre de vos compatriotes ! À ce qu’on dit les femmes y sont aussi belles que les cimes enneigées et aussi acérées que le blizzard.
— La description que tu as de nos montagnes est juste… mais pour ce qui est des femmes mon avis est faussé. Ma préférence va aux altmers… Du moins y allait, avant que le Thalmor entache leur image.
— Ah oui… cette fameuse guerre civile. Je suppose que ça doit vous toucher profondément.
— Profondément ? Je me sens mourir de voir Bordeciel perdre ainsi son âme dans le sang de ceux qui le constituent ! Nos traditions ont toujours servi les habitants du pays du nord. Elle leur fournissait cohésion, respect et entraide. Elle permettait à toutes les races de vivre en harmonie sous la protection du grand Thalos. Mais en interdisant son culte, le peuple se déchire, et le pays meurt à petit feu… Et bientôt nous aussi.

Dans la taverne régnait un silence quasi-religieux : tous écoutaient la tirade de Melnar. Les clients semblaient émus par cet élan de patriotisme, certains en avaient même la larme à l’œil, probablement étaient-ils Nordiques et avaient la nostalgie de leur terre natale. Le tavernier, touché lui aussi, reprit la parole sur le ton de la confidence .

— Vous savez, dire du mal des altmers peut être dangereux ici. Peut-être même plu…
— Ma femme était une altmer, elle était douce et m’a donné deux magnifiques enfants, dit Melnar en nous montrant de la main. Beaucoup d’altmers en Bordeciel sont mes frères ! Mais ceux qui brisent nos traditions et anéantissent notre pays méritent tous les tourments de Boethiah ! Quelle que soit leur race !

Un murmure parcourut la salle, tantôt complice, tantôt réprobateur ; tous les clients discutaient bon train. Alors que nous finissions notre repas, un homme s’assit à notre table. Grand et très musclé, la peau légèrement rouge : son sang rougegarde ne faisait aucun doute.

— Eh ! Vous le nordique ! Pourquoi vous vous accrochez tant à ce culte de Thalos ? Ce n’est qu’un homme après tout, il ne mérite pas un tel dévouement.
— Un homme ? Oui un homme ! Le seul à avoir été élevé au rang d’Aedra.
— Si c’était un Aedra son pouvoir ferait l’unanimité, mais il semble aussi inerte que ma grand-mère qui mange les pissenlits par la racine.
— Tu veux une démonstration, homme du désert ? Tu sais manier l’épée ?
— Oh la ! Je ne cherche pas les ennuis. C’est une simple question nordique, n’en prenez pas offense.
— Et moi je te donne une simple réponse.

Melnar tira son épée et la tendit par le manche au rougegarde.

— Prends cette épée, tu vas essayer de me trancher la tête ; on verra si ma foi est surfaite.

L’homme en resta sur sa chaise alors que notre mentor nous entraînait dehors. Il s’agenouilla près de nous, comme un père le ferait avec ses fils, à la différence près qu’il commença par nous murmurer les règles d’un défi de son cru.

— Bon écoutez-moi, je vais prévoir une protection, rien de plus. Si l’un de vous deux arrive à rendre cette intervention spectaculaire, il aura le droit de dormir sur le matelas ce soir.

Il nous adressa un clin d’œil, et, alors que Fernar et moi nous regardions d’un air malicieux, il reprit son accent nordique et lança d’une voix forte pour que tous entendent.

— Ayez foi mes enfants, mais vous ne devez pas assister à ça. Partez un peu plus loin ramasser des fleurs en l’honneur de votre mère, et ne revenez pas sans un gros bouquet !

Sur ces paroles, nous partîmes en direction d’une bute et nous nous cachâmes derrière un buisson non loin de telle sorte que personne ne puisse nous voir. Je réfléchissais à une solution pour le défi de notre maître, mais, à cette époque, Fernar avait toujours de meilleures idées que moi. Ce fut lui qui trouva une stratégie en premier.

— Tu penses que tu pourrais te téléporter là-bas et jouer le rôle te Thalos ?
— Le rôle de Thalos ? T’as abusé du skooma ou quoi ?
— Je te la fais en accélérée : d’abord je te transforme en Thalos, trois mètres de haut, une aura de puissance, une voix mystique et tout le tremblement. Ensuite tu te téléportes là-bas et leur dis un truc impressionnant.
— Ce sera encore plus marquant si je bloque la lame à main nue. Protège mes mains avec une peau d’ébonite.
— Bonne idée, on fait comme ça alors !

Nous n’avions pas du tout réfléchi à une solution séparément car Melnar ne nous mettait jamais en réelle compétition, il voulait stimuler notre esprit d’équipe. De toute manière, nous n’avions que faire de dormir sur le lit : nous étions comme frères. Rien ne pouvait nous monter l’un contre l’autre.

Alors que Melnar se mettait en place, Fernar officiait sur mon corps. Je me sentais grandir trop vite, mes muscles se développèrent, mes habits changèrent, mes cheveux poussèrent, et mes mains durcirent. J’éclipsais toutes les représentations et descriptions de l’ancien empereur, reflétant la grandeur de celui qui fut élevé au panthéon des esprits immortels.

— Maintenant !

D’un battement de paupière, je me téléportai au côté de Melnar, agrippant la lame à quelques centimètres de son cou. Au moment j’apparus, ma peau exhala un halo bleuté, des flammes turquoise m’englobèrent et s’échappèrent de mes yeux. Thalos était dans la place, et il devait parler.

— Frère Nordique ! N’as-tu aucun respect pour tes fils ? Je ne laisserai pas ta foi et ta dévotion t’ôter la vie inutilement !

Ma voix, modifiée par Fernar, était puissante et raisonnait de façon mystique. Je m’apprêtais à disparaître, et mettre fin à l’apparition de Thalos, mais mon mentor poussa le test encore plus loin.

— Mais pourquoi ne pas avoir sauvé ma femme alors ? demanda-t-il les larmes aux yeux.

Plus un personnage est important, sage et puissant, moins il prend de temps à répondre. Selon notre enseignement, l’empereur aurait pris cinq seconde, un Grisebarbe peut être quatre.

Une seconde…

Les vrais dieux n’en prendraient qu’une. Les Daedras et Aedras deux. Thalos était…

Deux seconde…

… entre les Aedras et les hommes puissants, mais restait membre du panthéon : il en prendrait maximum trois.

Trois sec… J’ai !

— Tu es la preuve que sa mort n’a pas été vaine. Lève-toi ! Vis et ouvre les yeux à mon descendant ! Remet le sur le droit chemin !

Melnar esquissa un sourire, m’autorisant à m’éclipser. Après que mon ami m’ait rendu ma forme initiale et se soit reposé, nous ramassâmes de nombreuses fleurs puis rejoignîmes notre maître qui discutait avec les autres clients.

— Thalos est apparu… s’étonnait le rougegarde. Il est vraiment apparu…
— Je te l’avais dit fils des sables, Thalos est un Aedra, répondit Melnar. Même s’il ne m’était encore jamais apparu, ma foi n’a jamais failli. Ah ! Les enfants !
— Vous allez bien père ? demanda Fernar.
— Oui, ne t’en fais pas mon bonhomme ! Thalos m’a sauvé. Il est apparu les enfants !

Les badauds s’émerveillaient, beaucoup d’entre eux n’avaient aucun intérêt pour le culte de Thalos, mais maintenant ils reconnaissaient pleinement cet être quasi divin. Nous jouâmes la comédie avec eux une bonne heure durant, avant de pouvoir quitter le rassemblement : nous avions du repérage à faire.

Dans une ruelle, nous changeâmes à nouveau nos apparences et, cette fois, Fernar et Melnar n’usèrent pas de leurs talents d’arcanes. Notre mentor nous répétait souvent : « Un bon mage reconnaîtra une illusion, un très bon mage ressentira l’altération, mais personne ne peut voir au travers d’un bon déguisement. » C’est donc déguisé en impériaux que nous parcourûmes la cité afin trouver les meilleures issues, les passages dérobés et les itinéraires les plus discrets. Chacun de nous avait son tiers de ville et devait en mémoriser la disposition des rues, maisons, parterres de fleurs, plaques d’égout, et même repérer les pierre mal sertie de la chaussée, des murailles ou des bâtisses.

De retour dans notre chambre, nous mîmes nos informations en commun et dessinèrent un plan de la ville, un plan des plus utiles pour élaborer une infiltration ou une exfiltration depuis n’importe quel point de la cité. Nous ne connaissions toujours pas la nature de cette mission spéciale que Cortavar nous avait confié, mais jusque-là cela ressemblait à un assassinat plutôt commun… Jusqu’à ce que Melnar sorte les plans de la tour blanche.

— On ne doit quand même pas assassiner l’empereur ? demandais-je inquiet.
— Si c’était le cas que ferais-tu ? demanda mon mentor.
— Je… Je… Je suivrai vos ordres maîtres.
— C’est bien, répondit-il avec un sourire. Mais ne t’inquiète pas, ce n’est pas ça. Nous devons arrêter des gens qui veulent assassiner l’empereur. Des gens de l’Ombre.

Ce n’était pas la première fois que notre instructeur nous parlait de ses doutes quant à certains membres s’éloignant de la Voie, mais il n’avait encore jamais rien tenté à leur encontre. Nous connaissions celui que nous appelions maître, il avait toujours une considérable longueur d’avance sur tout le monde. Mundus n’avait certainement jamais porté meilleur disciple de Cortavar, et celui-ci avait décidé de s’opposer à des hérétiques : ils allaient regretter d’avoir quitté la voie de la lucidité.

*

La salle du trône était immense, magnifique et surtout bondée. Les voix de l’empereur et du doléant se répercutaient sur les murs de pierre blanche, ornés de fresques relatant l’histoire de Mundus et de l’empire. Au cœur de la foule, Fernar et moi observions avec attention les gens qui attendaient patiemment leur tour.

« Un assassin quelconque aurait directement tué depuis un lieu haut placé. Un bon assassin aurait tiré depuis la foule. Un membre de l’Ombre créera une diversion qui lui permettra de tuer et de se replier ; cette dernière viendra de cette masse de personnes anodines. »

Selon les ragots glanés par Melnar, quelque chose d’amusant se passerait durant les doléances. Quelques citoyens avaient certainement accepté de créer la diversion en échange d’une bourse garnie, ils seraient plus faciles à repérer que l’assassin. Dès que nous trouvions un avec certitude, nous devions faire un signe à notre mentor.

— Qu’il est long celui-là ! cria notre maître. Casse-toi ! Y en a qui ont de vrais problèmes !

Notre instructeur était passé à l’étape suivante, Fernar devait en avoir vu un.

« Un assassin normal aurait saisi l’occasion, et serait mort. Un bon assassin se serait retiré et aurait reporté l’assassinat. Un membre de l’Ombre attendrait que cela se passe selon le plan. Mais pas ses employées, ils seront surpris. »

Un brouhaha se leva de la foule. Approbateur ou non peut importait, les garde se mirent sur le qui vive. Fernar et moi repérâmes trois visages surpris et le reportâmes à Melnar. Alors que le vacarme retombait nous les surveillions afin de repérer s’ils tentaient d’entrer en contact avec leur employeur. Nous ne décelâmes aucun signe d’attente d’un quelconque signal, et en fîmes part à notre mentor.

— Mais dépêchez-vous bande de pleurnicheurs ! Si ça continue nous allons mourir de vieillesse ! hurla-t-il.

« À ce stade, seul le membre de l’Ombre serait encore là. Il comprendrait que cet individu au caractère fort ne s’arrêterait pas. Alors il passera à l’action en avance sur son plan. Mais les gardes seraient trop attentifs pour qu’il ait une chance de succès. »

Comme Melnar l’avait prévu, à partir de deux mouvements dans la foule les gardes, craignant pour la vie de l’empereur, se resserrèrent autour de ce dernier. À ce moment-là nous devions mobiliser toute notre attention. Dans la salle, quelque part, il y aurait un mouvement vers l’empereur suivis d’un mouvement de replis.

Je le vis ! Sur un des balcons de la salle, à la gauche du trône. Il repartait vers une porte donnant sur l’extérieur. Je le signalai à Melnar. Il resta serein, tout se passait selon le plan.

— Assassin ! cria une voix sur le balcon gauche.

« En payant les gardes pour qu’ils surveillent chaque issue de la salle du trône, on coupe sa retraite. Les gens qu’il a employés prendront peur et partiront en courant. »

Comme prévu, quatre hommes se précipitèrent vers la porte de la salle à toutes jambes. Encore une fois comme prévu, les quatre gardes autour de l’empereur s’élancèrent à leurs poursuites. Téméraires mais pas très malins. C’est là que nous devions nous approcher du trône à travers la foule, et ce serait plus facile pour Fernar et moi.

« À ce moment-là il n’aura plus de plan. Il s’apprêtait à partir, mais devant la vulnérabilité de l’empereur il ira l’assassiner. Les membres de l’Ombre sont passionnés. »

Nous étions presque sortis de la foule avec Fernar. L’assassin n’était qu’à deux mètres de l’empereur. Il allait porter un coup quand un homme s’interposa et reçut la dague en pleine poitrine. C’était le rougegarde que Melnar avait mis au défi de lui couper la tête.

« Un sceptique qui a eu une révélation est bien plus passionné que n’importe quel membre de l’Ombre. Il sera prêt à perdre la vie pour une cause juste. »

L’assassin ne fut pas surpris bien longtemps et dégagea sa lame. Fernar me fit un signe de tête et créa un écran de fumée.

« Au moment décisif si aucun de nous n’est à portée Heryll sera notre dernier recours. Il se téléportera et combattra seul le temps qu’on le rejoigne. Toi Fernar tu le dissimuleras. »

Je suivis le plan à la lettre et me téléportai une fois que la fumée m’eut caché. Avant de me déplacer, j’anticipai la position de la lame de l’assassin afin de la parer en arrivant. Cependant, j’avais mal évalué sa force. L’assassin n’avait pas prévu mon arrivée si bien qu’il perdit son arme en même temps que moi, déstabilisé. Profitant de sa surprise, je lui portai un coup sec dans la trachée.

— Heryll !

C’était la voix de Melnar. Pourquoi m’appelait-il ? Me prévenir ? Non, ils auraient pu se débarrasser d’un autre assassin eux-mêmes. Mais quoi alors ? Il y eut un éclat lumineux sur ma droite et je compris. Il m’avait lancé une dague. Je devais être en place quand elle arriverait. Mon assaillant tenta un coup direct dans mon visage.

Posture du corps, disposition des membres, axe d’attaque, assurance du regard, contraction des muscles… C’est bon je te tiens.

Alors qu’il frappait d’un direct du droit, son poing gauche allait m’enfoncer le plexus solaire. Laissant couler mes réflexes, j’attrapai la main qui menaçait mon torse, je me glissai sous son bras dans une ample rotation et arrivai dans son dos. Je lui assénai un coup de pied à l’arrière du genou droit et soulevai son bras gauche pour affirmer ma clé poussée à la limite de la rupture. Je levai la main droite, attrapai la dague de Melnar et la plantai dans la nuque du tueur jusqu’à la garde. Pour être sûr de n’être la cible d’aucun coup porté dans un dernier souffle, je brisai l’épaule et poussai le corps le plus loin possible de l’empereur.

Le voile de fumée retomba, dévoilant la scène. Je me tenais entre l’empereur et l’assassin mort, essoufflé. Melnar et Fernar me rejoignirent et le maître s’adressa directement à l’empereur.

— Votre grâce, allez-vous bien ?
— Oui… Grâce à ce garçon, répondit l’empereur encore sous le choc.
— C’est mon fils. Je ne l’aurais jamais cru capable d’un tel exploit.
— Eh bien vous pouvez être fier de lui nordique, ce garçon a la trempe des meilleurs soldats !

Le seigneur se tourna vers moi et sortit de sa poche un anneau d’or suspendu au bout d’une chaîne en argent. L’anneau ouvragé, serti d’une pierre rouge, représentait le dragon, symbole de l’empereur.

— Si tu en as le besoin, cette bague prouvera que l’empereur a une dette envers toi. Tu pourras intégrer la légion dans les régiments d’élite ou avoir une bonne place dans l’empire si tu le désires, me dit-il. Pourquoi étiez-vous venu me voir ? demanda-t-il en se tournant vers Melnar.
— Seigneur, nous étions venus pour vous exposer la tragédie dont nous avons été victimes en Bordeciel. Ma femme, une altmer bienveillante qui partageait les traditions nordiques et vénérait Thalos tout comme nous, a été tuée sous nos yeux par les membres du Thalmor. Nous ne demandons rien, malgré votre pouvoir, rien ne peut ramener ma bien aimée. Nous voulions juste que vous sachiez que le Thalmor maltraite votre peuple, bafoue les traditions de vos ancêtres, et même votre aïeul Thalos.

Le regard de l’empereur se couvrît d’un voile de colère, suivis du désespoir. Cet homme malgré son pouvoir ne pouvait pas faire face au domaine Aldmeri sans risquer la vie de son peuple, mais une rage sourde émanait de lui. Melnar repris plus bas.

— Mon seigneur, hier Thalos m’est apparu devant la taverne du cheval rieur, il m’a demandé de vous remettre sur le droit chemin. Je crois en vous, vous êtes un excellent souverain, vous trouverez une solution. Tôt ou tard vous les renverrez sur leur île. J’ai confiance en vous, et tout Bordeciel prie pour un empereur qui défende ses ancêtres.
— Je vous ai entendu nordique. Et je ferai ce qui est en mon pouvoir pour que l’empire retrouve sa gloire d’antan.

*

Nous avions repris la route pour retourner en Bordeciel et Melnar semblait joyeux.

— C’est un bon empereur. Pas aussi grand que ce bon vieux Mart, mais il fera ce qu’il faut, annonça-t-il.
— Vous avez connu Martin Septim maître ? demandai-je.
— Ah ah ah ! Si c’est le cas, je cache bien mon âge non ? me dit-il avec un clin d’œil. Tu as reçu un très beau présent aujourd’hui, fais en bon usage Heryll. Tu commences à te démarquer en combat.

Je ne répondis pas et savourai ma première victoire sur un adversaire dangereux, surpris par mon agilité et la science guerrière dont j’avais fait preuve.